Valeurs et motivation : l’aspect positif de la psychothérapie (première partie)

Introduction

 

Quand une personne entreprend la démarche d’aller consulter en psychothérapie, elle le fait généralement pour régler un problème. On ira consulter pour se débarrasser d’une problématique anxieuse, pour réduire ses symptômes de dépression majeure, pour se remettre d’une rupture amoureuse ou d’une mise à pied, pour composer avec une blessure physique ou un diagnostic médical, etc. Les raisons sont multiples, bien que dans la plupart des cas, on puisse les résumer de façon générique ainsi : « Cet élément me dérange, enlevez-le moi, svp ». Ceci fait en sorte que plusieurs approches thérapeutiques, au fil des décennies, se sont concentrées sur la réduction de certains symptômes, ce qui est à la fois intuitif, logique et pratique.

 

Toutefois, il arrive que la réduction de certains symptômes soit, pour quelques personnes, insuffisante, peu importe les efforts mis en thérapie. Pour d’autres, cela peut même s’avérer impossible de réduire leur souffrance psychologique à des seuils qu’ils considèrent comme tolérables lorsqu’ils commencent leur démarche. Dans d’autres cas, il arrive que les symptômes pour lesquels une personne vient consulter soient réduits avec succès, mais qu’ils réapparaissent après une période de quelques mois sinon quelques années (on parle alors de rechutes ; c’est relativement fréquent chez les gens qui souffrent de dépendances, de dépression majeure, de troubles alimentaires et de troubles de la personnalité). Que fait-on alors ?

 

Maintenant que l’on comprend beaucoup mieux la souffrance psychologique qu’il y a quelques décennies, on assiste en psychologie à un mouvement visant à permettre aux clients en psychothérapie de donner davantage de sens à leur vie et aux actions qu’ils posent, au quotidien. Au lieu de se limiter à tenter « d’effacer le méchant », on cherchera également à permettre à la personne de ressortir « grandie » de sa démarche de psychothérapie, de s’améliorer et de se sentir plus « complète ». Une sorte de mouvement dans le sens de l’amélioration de soi, dont certains pourraient être tentés d’appeler une psychologie clinique plus « positive ». Attention, par contre : je ne parle pas ici d’une psychologie « positive » dans le sens de « faisons comme si tout allait bien » ou « pensons positivement et des choses plaisantes nous arriveront comme par magie ». Si cette philosophie vous convient, tant mieux : c’est cependant bien loin de ma façon de procéder.

 

Pourquoi travailler sur « grandir » ?

 

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Les raisons pour travailler sur les aspects plus positifs de la vie d’un client, pour faire croître chez lui les éléments les plus riches et porteurs de sa personne sont multiples : augmenter et maintenir sa motivation au quotidien ; donner un sens à sa vie ou à certaines des activités et rôles dans lesquels il est investi ; améliorer la perception de liberté qu’il peut avoir sur ses gestes et décisions ; l’aider à développer et conserver un sentiment de contentement, accepter, mieux vivre avec et donner un sens à une souffrance ; ressentir davantage de gratification de façon soutenue ; et plusieurs autres.

 

Après tout, on sait que la motivation à changer certains comportements problématiques (procrastination scolaire ou professionnelle, changement d’emploi, mettre fin à une relation « toxique », évitement chronique de sources d’anxiété, anorexie ou boulimie, dépendance ou jeu compulsif) est souvent déficitaire chez plusieurs personnes ; parfois, on ne voit pas immédiatement les bénéfices à changer, alors que d’autres fois, on s’en sent simplement incapable. Dans certains cas, après qu’on ait réussi à se débarrasser des mauvaises habitudes, on s’en croit définitivement libéré et elles refont surface, ou les conditions de vie et l’environnement changent, rendant la personne plus vulnérable aux rechutes.

 

Parfois aussi, des gens viennent consulter parce qu’en surface, tout semble bien aller, mais qu’ils ressentent une sorte de vide, ou ne retirent plus tant de gratification à poser les gestes qui étaient possiblement significatifs pour eux, par le passé: certains athlètes n’ont plus tant de plaisir à pratiquer leur sport, certains chefs d’entreprise qui ont du succès ne sentent plus vraiment la soif de continuer d’avancer, et certains parents ne semblent plus si enchantés de leur vie familiale. Dans tous ces cas, une approche différente de celle visant à réduire ou supprimer des symptômes peut s’avérer aidante.

 

Plusieurs approches bien validées au niveau scientifique se concentrent très sérieusement sur le développement de la motivation, la clarification des valeurs ou le fait de donner un sens à sa vie, ou elles y réservent un « module » dans le cadre de la démarche : la thérapie d’acceptation et d’engagement, l’entretien motivationnel et la thérapie dialectique comportementale figurent parmi celles-ci. C’est avec la première des trois que je suis le plus familier, et je vous présenterai ici quelques informations sur deux de ses six processus centraux : la clarification des valeurs et leur corollaire comportemental, c’est-à-dire le choix de poser des actions engagées.

 

L’exemple des valeurs

 

Il est important de noter que « valeur » est, d’abord et avant tout, un terme qui a une connotation qui peut différer d’une discipline scientifique à une autre (sociologie, anthropologie, politique, psychologie), d’une culture à une autre et d’une personne à une autre. Même à l’intérieur de la littérature en thérapie d’acceptation et d’engagement, plus d’une définition a été proposée ! L’une des plus simples est que nos valeurs sont nos plus profonds désirs, quant à comment nous désirons agir, les concepts sur lesquels nous voulons nous baser dans la vie et la façon par laquelle nous voulons interagir avec le monde qui nous entoure. Elles sont des grands principes qui peuvent nous guider et nous motiver alors que nous traversons différentes étapes de notre vie. D’un point de vue beaucoup plus technique, on va considérer, en psychothérapie, qu’une valeur est une action globale et continue, choisie librement et dotée d’une qualité.

 

Mais encore ?

 

Essayons d’éclaircir tout ce jargon ! Une action globale et continue, c’est un geste concret qu’une personne peut poser, dans la majorité des circonstances, à plusieurs reprises dans sa vie. Jouer au hockey peut représenter une action globale et continue. Je peux le faire à plusieurs reprises dans ma vie. Même en été, sans patin, sur gazon ou « deck ». Même amputé de deux jambes, sur un fauteuil roulant. Sur table chez des amis, à l’arcade locale…etc. Offrir des soins peut en être une autre. Le médecin, l’infirmier ou le psychologue peut offrir des soins à sa clientèle lorsqu’il travaille ; le parent, à ses enfants ; l’enseignant, à ses élèves ; quiconque peut offrir des conseils de santé à un ami ou un membre de sa famille ; le propriétaire d’un animal de compagnie peut faire de même.

 

Les qualités représentent la façon par laquelle une personne veut poser ses actions globales et continues. Dans le langage courant, on peut les identifier par le biais d’adverbes (doucement, professionnellement, authentiquement) ou de compléments qualitatifs (avec finesse, rigueur, élégance, humour, assurance ; de façon attentionnée). En reprenant les éléments mentionnés précédemment, on pourrait donc dire que jouer au hockey avec finesse (ou avec élégance, avec assurance), ainsi qu’offrir des soins de façon attentionnée, (ou profesionnellement, avec rigueur) sont des exemples de valeurs, au sens clinique. Ce qui est particulièrement intéressant avec les qualités, c’est qu’elles peuvent regrouper, pour une seule personne, plusieurs petits gestes différents. Il existe 1001 façons d’être élégant, professionnel, attentionné ou authentique. À l’intérieur de l’action choisie (jouer au hockey, offrir des soins) ou dans un autre contexte !

 

Happy young woman on spring field. Success, harmony, health, ecology

 

Spécifions davantage

 

On considère comme important que les actions globales soient positives. Par positives, on entend que l’action posée apportera en elle-même une sorte de « plus value » à la vie de la personne…une sorte de paie. En un sens, que ces actions globales soient naturellement gratifiantes. À l’opposé, une action globale « négative » serait une action qui a pour but d’éviter une conséquence non-désirée. Par exemple, jouer au hockey surtout par peur de prendre du poids et de tomber malade ; offrir des soins principalement par peur que ses proches meurent et qu’on finisse seul ; ou chercher un emploi d’abord pour s’éviter une faillite. Bien que les actions globales négatives, celles ayant pour fonction d’éviter une conséquence négative, soient très motivantes (surtout à court terme), elles amènent souvent peu de gratification à long terme, mais surtout, peu de vitalité et de signification dans la vie d’une personne, comparativement aux actions globales positives. En fait, on dira souvent que les actions globales négatives entraînent généralement du soulagement, alors qu’on cherche à faire vivre à une personne une gratification durable et porteuse de sens, ce que les actions globales positives ont plus de chance d’entraîner.

 

Enfin, on préférera, pour chaque personne, que les valeurs dans le sens desquelles elle décide d’agir soient choisies librement. En d’autres termes, ces valeurs sont propres à chaque personne. Si elles sont imposées par la famille d’un individu, par son cercle d’amis, par ses collègues de travail, par ses patrons ou par la société, mais que la personne ne s’y identifie pas sincèrement, elles ne sont pas les siennes. De même, si la personne choisit des valeurs sur la base de leur niveau de désirabilité sociale (ce qui plairait à la société, à mes proches, aux gens que j’aime), et non pas sur la base d’à quel point elles lui importent personnellement, elles ne sont pas non plus choisies librement. Une bonne façon de savoir si une valeur est choisie librement est de se demander « si je pose cette action, mais que personne d’autre que moi (et, disons, l’autre personne concernée, si c’est un service que je rends…) ne sait que je l’ai fait…est-ce que j’ai encore envie de le faire ? », ou « si je pense à aider cette personne, mais que je sais qu’elle refusera mon aide, ou qu’elle ne me remerciera pas, ou que l’aide offerte ne donnera pas les résultats escomptés, est-ce qu’à mes yeux, ça vaut quand même la peine que je pose le geste ? ».

 

Conclusion

 

Ceci résume rapidement ce que sont les valeurs. Il est important de noter qu’en psychothérapie, plusieurs rencontres peuvent être nécessaires pour arriver à bien éclaircir, pour une personne, ce que sont ses valeurs. Le point de vue externe du psychothérapeute, ainsi que le partage de diverses expériences et la réflexion faite suite à certains exercices peuvent, dans certains cas, être essentiels. Parfois, au contraire, les gens se présentent et connaissent déjà très bien les valeurs qui leur tiennent à cœur. L’important, cependant, est d’arriver à trouver une façon, dans la vie quotidienne de chacun, pour pouvoir poser des petits gestes et les connecter mentalement à ses valeurs, afin d’en tirer le maximum de gratification et d’accorder davantage, à chaque jour, de sens à ces gestes. La semaine prochaine, je vous propose d’apporter davantage d’éclaircissements sur ce que sont les valeurs en les contrastant à d’autres concepts similaires (les objectifs, les règles cognitives), ainsi que les bienfaits et pièges potentiels associés à chaque concept.

 

Dr Francis Lemay, Ph.D.

Psychologue

www.psydeploiement.com

 

Inspirations:

Harris, R. (2008). The Happiness Trap: How to Stop Struggling and Start Living. Boston: Trumpeter.

Harris, R. (2009). ACT Made Simple: An Easy-to-Read Primer on Acceptance and Commitment Therapy. Oakland: New Harbinger.

Hayes, S.C., Strosahl, K.D., & Wilson, K.G. (2012). Acceptance and Commitment Therapy: The Process and Practice of Mindful Change, Second Edition. New York: The Guilford Press.

Linehan, M.M., & Dexter-Mazza, E.T. (2008). Dialectical Behavior Therapy for Borderline Personality Disorder. In Barlow, D.H. (Ed). Clinical Handbook of Psychological Disorders: A Step-by-Step Treatment Manual, Fourth Edition. New York: The Guilford Press, pp 365-420.

Miller, W.R., & Rollnick, S. (2002). Motivational Interviewing: Preparing People for Change. New York: The Guilford Press.

Villatte, M., Villatte, J.L., & Hayes, S.C. (2016). Mastering the Clinical Conversation : Language as Intervention. New York: The Guilford Press.

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Valeurs et motivation : l’aspect positif de la psychothérapie (première partie)

“J’ai vraiment besoin de bien comprendre mon problème!”

Introduction

Pour faire suite à mon dernier billet sur la durée de la thérapie…une hypothèse est parfois émise, concernant les raisons qui poussent beaucoup de thérapeutes, ainsi que certains clients, à privilégier les thérapies à long terme. L’hypothèse va ainsi : pour qu’une personne puisse effectuer un changement profond, chez elle, cette personne se doit de découvrir une vérité importante par rapport à elle-même. Une vérité intérieure, profondément enfouie et qui, si elle est mise à jour, lui permettra enfin d’initier les changements qui l’aideront à évoluer. Évidemment, un tel insight thérapeutique, un tel déclic, une telle compréhension de cette vérité, se doit de venir du client lui-même (les gens étant généralement réfractaires à se faire imposer le point de vue des autres ; voir la théorie de la réactance de Jack Brehm). Pour ce faire, le traitement requiert de longues et nombreuses séances à réfléchir à deux sur le problème, sur ses origines, sur l’enfance du client et sa situation familiale, à poser des hypothèses et à en éliminer au fur et à mesure que la thérapie avance.

La compréhension de son propre problème, le déclic thérapeutique ou l’illumination (insight) soudaine sont fréquemment des éléments recherchés dans le cadre de thérapies à long terme. Plusieurs thérapeutes pratiquent des modèles de psychothérapie qui visent à faire en sorte qu’une personne comprenne « le pourquoi du comment » elle éprouve aujourd’hui de la souffrance psychologique. Cependant, comprendre comment on s’est mis dans le pétrin n’a souvent que très peu d’effet sur comment on s’en sortira. Si la compréhension ou l’insight ne sont pas accompagnés de changements comportementaux concrets, réels et significatifs, ils seront bien souvent de peu d’aide.

Les bienfaits de comprendre

Même en dehors du domaine de la psychologie, plusieurs personnes croient fermement qu’en comprenant la nature d’une chose, on arrive à mieux réagir face à cette chose. Bien sûr, comprendre un phénomène, un objet, un processus ou une réalité est extraordinaire. La médecine, l’aérodynamique, l’architecture, la comptabilité et des milliers d’autres domaines dépendent de la compréhension de divers phénomènes pour pouvoir continuer à progresser. Cependant, on croit de plus en plus, en psychologie clinique, que ce n’est pas l’insight ou la compréhension qui entraînent les changements comportementaux ou émotionnels. Ce serait plutôt l’inverse! En modifiant mes conduites, en brisant mes routines sécurisantes, en sortant de ma zone de confort et en prenant des risques, j’en apprends davantage sur moi-même, sur comment me dépêtrer de mes difficultés (et peut-être, sur ce qui a fait en sorte que j’ai souffert en premier lieu).

Bien entendu, comprendre un problème peut s’avérer être une source d’outils puissants pour améliorer sa condition : un diabétique qui ne saurait pas quels aliments contiennent du sucre (ou simplement que consommer des glucides en quantités élevées est dangereux pour lui) pourrait mettre sa santé en péril en s’alimentant de façon inadéquate, tout comme un individu diagnostiqué précocement du cancer du poumon pourrait, s’il est très peu informé sur le sujet, se mettre très à risque d’une récidive en continuant de fumer du tabac.

Le pouvoir de l’expérience concrète

Toutefois, la compréhension s’avère souvent insuffisante, comme le démontrent plusieurs exemples d’individus diabétiques qui, bien qu’informés adéquatement, continuent à abuser de glucides jusqu’à en avoir des problèmes de santé graves (ou comme vous diront plusieurs médecins aux soins palliatifs qui constatent que des patients, après maintes récidives de cancer du poumon, demandent encore régulièrement de sortir de l’hôpital pour griller une cigarette). L’alcoolique qui comprend qu’il boit pour engourdir le sentiment qu’il éprouve en se disant que sa vie est un échec peut, malgré tout, continuer à consommer abusivement de l’alcool. C’est possible qu’il maintienne son habitude, même s’il est entièrement conscient qu’il éloigne ainsi graduellement ses proches et met possiblement son emploi en péril.

Kelly Wilson, professeur en psychologie, clinicien et conférencier de renommée internationale utilise l’image suivante : la compréhension du problème, l’insight…ou le déclic thérapeutique est un tuyau d’échappement…ce n’est pas un carburant. L’expérience concrète, elle, est un carburant. La compréhension n’est pas nécessaire pour changer, pour améliorer son état : l’expérience ou le changement comportemental concret l’est. D’autant plus que la compréhension d’un phénomène, d’une réalité (ou de soi-même!) a beaucoup de chances de découler d’une expérience vécue après avoir fait l’effort de prendre un risque, de changer ses propres comportements.

Exemples comparant la compréhension à l’expérience

L’esprit humain a tendance à nous pousser à croire qu’en en sachant juste un tout petit peu plus, nous aurons soudainement ce déclic qui fera en sorte que le problème pourrait s’effacer. Ou qu’il sera alors plus facile à affronter. Une personne pourrait lire tous les livres écrits sur la bicyclette et ne jamais apprendre à en faire, si elle n’embarque pas sur une bicyclette à quelques reprises. Bref, si elle ne prend pas le risque, à un certain moment, de s’égratigner les genoux. Si cette personne sent un fort besoin de se rassurer en sachant le maximum de choses au sujet de la bicyclette avant d’embarquer, ne retarde-t-elle pas inutilement le moment où, en embarquant sur la bicyclette, elle apprendra réellement comment en faire? Ne perd-elle pas des moments précieux, excitants, des opportunités de se dépasser, de maîtriser pleinement cet exercice, en repoussant le premier moment où elle embarque sur la selle?

Parallèlement, l’homme présentant une phobie des chiens peut lire tous les livres du monde écrits au sujet des chiens, de la phobie ou de l’anxiété, mais tout de même demeurer extrêmement phobique et évitant face à un chien ou la possibilité d’en croiser un. Il pourrait en outre comprendre que sa phobie des chiens découle d’une morsure du doberman de son voisin, alors qu’il avait 5 ans. Ou d’un rêve terrifiant fait à plusieurs reprises en jeune âge. Ou d’une association mentale faite entre la signification symbolique du chien et un quelconque autre problème issu de son enfance ou son adolescence… Même avec cette compréhension ou ce déclic, sans confronter aujourd’hui, dans le moment présent, sa peur des chiens, notre homme demeurera craintif, anxieux et évitant à la vue des chiens ou en anticipant d’en croiser. C’est seulement en confrontant concrètement, à répétition, l’objet de sa peur (le chien), qu’il arrivera à vivre un changement par rapport à sa phobie.

Similairement, en cherchant à comprendre de fond en comble les origines de sa peur, notre homme ne gaspille-t-il pas pendant longtemps une énergie importante? Ne reste-t-il pas longuement emprisonné par sa propre anxiété, alors qu’il pourrait plus rapidement la dépasser? Surtout si sa phobie s’avère être le fruit du hasard et qu’aucune origine claire ne peut lui être attribuée? Et finalement…ne risque-t-il pas tout autant (sinon plus?) de comprendre le fonctionnement de sa phobie et ses origines en confrontant les chiens, en cessant d’éviter, en faisant face à sa peur (évidemment de façon graduelle, peut-être avec l’aide d’un thérapeute), qu’en disséquant, discutant et débattant à ce sujet pendant de longues heures, dans un bureau, très loin de l’objet de sa peur, sans jamais la ressentir (ou à peine)?

Conclusion

Ne vous trompez pas : je suis tout à fait en faveur de la compréhension d’un problème dans le cadre d’une psychothérapie. Cependant, je crois que, dans bien des cas, l’apprentissage le plus puissant, le plus rapide et le plus efficace passe par une expérience concrète, qui se fait bien souvent en-dehors du bureau du thérapeute. Ce n’est cependant pas une règle absolue et chaque client se présente en thérapie avec un problème, un contexte, une réalité et des besoins qui diffèrent de ceux du précédent. Et je tente d’en tenir compte dans ma façon d’intervenir.

Pour boucler la boucle de cet article, je ferais maintenant un lien avec ma première publication sur ce blogue : en quelque part, ce besoin puissant de comprendre avant de passer à l’action, peut-il être vu comme une forme d’évitement expérientiel? En discutant avec détachement, rationnellement, de l’objet de sa peur (ou de sa tristesse, ou de sa colère), en tentant de mille et une façons de la comprendre, n’essaie-t-on pas, en quelque sorte, de s’empêcher de la ressentir?

Dr Francis Lemay, Ph.D.

Psychologue

http://www.psydeploiement.com

Inspirations :

Brehm, J. (1966). A Theory of Psychological Reactance. Oxford: Academic Press.

Strosahl, K., Robinson, P., & Gustavsson, T. (2012). Brief Interventions for Radical Change: Principles & Practice of Focused Acceptance & Commitment Therapy. Oakland : New Harbinger.

Wilson, K.G., & Dufrene, T. (2008). Mindfulness for Two : An Acceptance and Commitment Therapy Approach to Mindfulness in Psychotherapy. Oakland: New Harbinger.

“J’ai vraiment besoin de bien comprendre mon problème!”